Administration et travail hybride: attention aux clichés

Auteur: Partena Professional (HR Service Provider)
Temps de lecture: 4min

Les services publics vivent-ils autrement que les entreprises la mutation vers le travail hybride? Marie Antoine, PhD, consultante senior chez IDEA Consult et coautrice d’une étude* sur l’expérience du télétravail au sein de l’administration bruxelloise, apporte son éclairage.

On dit souvent que le télétravail a changé la donne dans les entreprises. En est-il de même au sein des administrations?

Il est difficile de répondre dans l’absolu à cette question. Il s’agit moins d’une question de secteur que de taille. Tout comme il y a de grandes et de petites entreprises, il y a de grandes et de petites administrations. Pour les premières, dont le nombre de collaborateurs et les moyens peuvent être comparés à ceux des grandes entreprises, la transition y a sans doute été plus fluide.

Ce que l’on sait, c’est qu’avant même la pandémie, 70% du personnel de l’administration bruxelloise pratiquait déjà le télétravail de façon régulière – en général, on parlait d’un jour par semaine. Dans l’administration comme dans le privé, on semble se diriger vers des régimes de trois jours par semaine pour des employés à temps plein.

Ne faudrait-il pas considérer davantage le recours au télétravail sous l’angle du service au public?

Je crois sincèrement que tous les organismes ont à cœur de répondre à leur mission de service public. Il n’y aura sans doute jamais de digitalisation complète et exclusive des services publics, car leur accès doit être garanti à tous les citoyens, y compris ceux d’entre nous qui ne sont pas équipés.

La récente hybridation des modes de travail a d’abord été conçue dans l’intérêt des travailleurs et des organisations. Il faudra néanmoins veiller à ce que cette double approche digital/présentiel dans le rapport au public ne génère pas de doubles encodages et ne soit pas préjudiciable à la simplification administrative pour laquelle des efforts considérables ont été consentis – et continuent de l’être – ces dernières années. Travailler à distance est assez simple. Numériser les process pour rendre ce télétravail efficace est toujours un peu plus compliqué.

On parle beaucoup, dans un contexte de télétravail, de management par objectifs et de la confiance comme indispensable corollaire. Est-ce aussi le cas dans l’administration publique?

Notre étude le montre, une très grande majorité des fonctionnaires estiment que leur supérieur leur fait confiance en situation de télétravail et qu’ils ne sont pas surveillés. Quelque 74% d’entre eux indiquent que leur responsable accorde plus d’importance à l’atteinte des objectifs qu’aux heures de travail prestées. Les réponses des managers vont dans le même sens.

Ces chiffres contredisent plusieurs idées reçues sur le secteur public, comme le présentéisme, le micromanagement et un certain paternalisme. Associer l’administration à la pointeuse, c’est oublier la managérialisation des pratiques dont elle a fait l’objet, à l’instar du secteur hospitalier.

Ceci dit, il faut toujours rester prudent car cette expression de “management par objectif” peut être la source de malentendus de part et d’autre de la frontière hiérarchique, et ce, dans le privé comme dans le public. Un collaborateur qui met la moitié du temps imparti pour atteindre un objectif s’y trouvera très bien, mais je ne suis pas sûre que ceci corresponde à la conception de son employeur.

D’autres enseignements de l’étude vous ont-ils interpellés?

Notre étude a révélé que sept personnes sur dix travaillent dans des espaces de travail qui ne sont pas dédiés à une activité professionnelle. C’est encore plus vrai si l’on est femme, isolé.e et résidant en Région bruxelloise. À l’heure où l’on parle de généralisation et démocratisation du travail hybride, ceci interroge sur les conditions d’accès équitable à un télétravail durable. Difficile en effet d’imaginer une pratique de télétravail pérenne quand elle se fait au départ d’une table de cuisine ou d’une chambre d’enfant.

* https://www.talent.brussels/sites/default/files/content/NWOW/webinaire_21-02-24_enquete-teletravail_rapport-final.pdf

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