Est-il encore possible de séparer travail et vie privée?

Auteur: Partena Professional (HR Service Provider)
Temps de lecture: 4min

“Travailler dur ne doit pas devenir un tabou. Il existe des personnes qui parviennent parfaitement à respecter leur hygiène mentale, sans franchir leurs propres limites.”

 

Ralf Caers, professeur de gestion des ressources humaines à la KU Leuven

Alors que le coronavirus affecte nos vies depuis plus d'un an, qu’en est-il de l'équilibre entre travail et vie privée? Tout semble bien se passer, estime Ralf Caers, professeur de gestion des ressources humaines à la KU Leuven, pour qui “l’autonomie et la flexibilité restent toutefois cruciales”.

Lorsque la crise du coronavirus a éclaté l’an dernier, de nombreuses organisations ont revu leurs objectifs, tout comme leurs attentes vis-à-vis de leurs collaborateurs. La charge de travail a ainsi diminué par rapport à la période précédant la pandémie.

“Notre étude a pu clairement le démontrer à l’époque”, commente Ralf Caers, professeur de gestion des ressources humaines à la KU Leuven. “Beaucoup de personnes interrogées ont trouvé des avantages à l’introduction du télétravail: disparition du trajet domicile-lieu de travail, davantage de temps à consacrer aux activités d'ordre privé, etc.”

Plus de travail

Qu’en est-il aujourd'hui? Si les personnes qui travaillent chez elles ne doivent plus combiner leur travail avec la garde des enfants et le suivi des devoirs, la charge de travail a augmenté. Et les gens retournent plus souvent travailler dans l’entreprise.

“D’après les chiffres que nous avons récoltés, près de 80% des personnes ne souhaitent pas continuer à télétravailler plus d'un ou deux jours par semaine”, assure Ralf Caers. “Les organisations qui souhaitent faciliter cette forme de travail doivent prendre conscience que les collaborateurs sont peu demandeurs.”

Contacts formels

Il est judicieux – voire nécessaire – que les personnes travaillent régulièrement au bureau, car cela stimule l’esprit de groupe et permet de créer des moments précieux. “Les collègues apprennent beaucoup les uns des autres sur le lieu de travail, c’est un élément qu’il ne faut pas sous-estimer”, souligne Ralf Caers. “Ces échanges bénéfiques sont moindres quand tout le monde travaille chez soi et que les contacts sont plus formels et plus brefs.”

Deux approches

Le télétravail serait-il la panacée pour un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée? Ou a-t-il précisément pour conséquence un estompement des frontières et vient-il perturber cet équilibre?

Deux philosophies coexistent en la matière. La première considère que le télétravail engendre une diminution de la productivité, parce que les travailleurs effectuent aussi des activités privées pendant les heures de travail, comme les courses ou de la lecture. L’autre approche pose que le télétravail ne met aucune limite au travail. Il conviendrait, dans ce scénario, d’exhorter les workaholics à lever un peu le pied.

Pas de tabou

“Travailler dur ne doit toutefois pas devenir un tabou”, prévient Ralf Caers. “Il existe des personnes qui parviennent parfaitement à respecter leur hygiène mentale, sans franchir leurs propres limites.”

Celles-là ne visent peut-être pas l’équilibre travail-vie privée, mais plutôt l’intégration du travail et de la vie privée. Soit la situation où vie privée et vie professionnelle se côtoient et se développent harmonieusement.

Deux heures de sport

Ralf Caers acquiesce: “On peut par exemple parler d’intégration quand quelqu’un va faire du sport avec un collègue entre 10 heures et midi, et travaille deux heures plus tard le soir, lorsque les enfants sont couchés.”

Cette manière de travailler constitue, pour la plupart des Belges, la seule situation acceptable, à en croire Ralf Caers. Certaines entreprises expérimentent une séparation stricte entre travail et vie privée. À l’instar de ce qui se passe en France, les collaborateurs y ont le droit de se déconnecter après les heures de bureau.

Droits de base

Ces approches ne comportent pas que des avantages, nuance Ralf Caers: “Dans ce cas, on demande en réalité aux personnes d’être au travail chaque jour à heures fixes. Cette façon de faire freine une intégration optimale du travail et de la vie privée. Il est impossible d’aller rechercher les enfants en urgence ou de prendre rendez-vous chez le dentiste dans l’après-midi.” Ce qui engendre en retour un certain stress dans le chef du travailleur.

La clé pour atteindre le meilleur équilibre possible entre travail et vie privée serait donc d’être libre de poser des choix qui correspondent à nos besoins individuels, sans pour autant négliger les tâches professionnelles. “L’autonomie et la flexibilité sont indispensables: elles devraient être des droits de base!”, conclut Ralf Caers.

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