Contrôler les télétravailleurs? Oui, mais...

Auteur: Partena Professional (HR Provider)
Temps de lecture: 3min

Performance Management

Comment mesurer les performances des travailleurs à domicile sans entraver leur confiance ?

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“Non, en fait, les managers n’ont aucune raison de contrôler davantage les collaborateurs qui travaillent à domicile”, affirme Hendrik Delagrange, qui mène depuis la fin des années 90 des recherches sur ce que l’on appelait alors le “nouveau monde du travail”.

Hendrik Delagrange est chercheur à la Stichting Innovatie & Arbeid (Fondation pour l’innovation et le travail), une entité du SERV, le Conseil économique et social flamand, où il mène depuis la fin des années 90 des recherches sur le “nouveau monde du travail”.

“On parle toujours de new way of working dans certaines entreprises, même si le terme a perdu de son éclat”, nuance-t-il. “À l’origine, ce ‘nouveau monde du travail’ se fondait sur l’autonomie du collaborateur. Les travailleurs n’avaient ni lieu ni horaire de travail définis, ce qui a à son tour entraîné une modification dans l’aménagement des bureaux, qui devenaient davantage des endroits où l’on se réunissait pour se concerter.”

Vouloir ou devoir

Ce concept est certes très intéressant, souligne Hendrik Delagrange, mais il s’avère plus difficile à mettre en place dans la pratique que ce que l’on pensait initialement. “Un obstacle majeur se dresse sur sa route, car les entreprises sont tentées de commencer par la fin: elles réduisent leur superficie de bureaux, optent pour des bureaux ouverts et introduisent des postes de travail flexibles. Résultat: leurs collaborateurs ne télétravaillent pas parce qu’ils le souhaitent – dans un souci d’autonomie – mais parce qu’ils y sont forcés, parce que le bureau n’est plus le meilleur lieu de travail, parce qu’il n’est plus possible de s’y concentrer. Et ce travail à domicile obligatoire, tel qu’il a été instauré partout pendant le confinement, est une mauvaise idée.”

Aucune raison de contrôler davantage

Le télétravail idéal doit partir de l’autonomie des collaborateurs. Dans la mesure où celle-ci constitue la motivation première, Hendrik Delagrange en conclut qu’il n’existe aucune raison, pour le manager, de contrôler davantage les collaborateurs qui travaillent à domicile.

“Ce point ne fait pas débat dans la littérature. Par le passé, on a parfois évoqué des entreprises qui contrôlaient le nombre de frappes de chaque collaborateur sur le clavier, via des dispositifs de type keyloggers. Une telle pratique est bien sûr à proscrire. Car on transmet alors un double message: nous vous faisons confiance mais en fait, pas du tout… Cela a pu entraîner un sabotage en bonne et due forme. Bref, un tel contrôle est contre-productif.”

Travailler plus

Naturellement, les keyloggers sont des exemples extrêmes. Mais il n’est pas plus opportun de vérifier le nombre de contacts clients quotidiens d’un collaborateur, ou le nombre de dossiers qu’il traite chaque jour – sauf si on le fait de la même manière au bureau, pointe encore l’expert.

Fort de ses recherches, Hendrik Delagrange va jusqu’à renverser le rôle du manager adepte du contrôle: celui-ci ne doit pas vérifier si quelqu’un a trop peu travaillé, mais si certains n’ont pas versé dans l’excès inverse.

“Toutes les recherches démontrent que les collaborateurs travaillent davantage à domicile. Si le télétravail augmente le risque de stress, la principale menace concerne l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les travailleurs à domicile éprouvent des difficultés à ‘lâcher’ leur clavier. Le manager doit donc adopter un style de leadership basé sur le coaching, qui permet de suivre la charge de travail et de vérifier si leurs collaborateurs n’exagèrent pas et ne travaillent pas trop.”

“Le travail à domicile obligatoire, tel qu’il a été instauré partout pendant le confinement, est une mauvaise idée.”

 

Hendrik Delagrange, chercheur à la Fondation pour l’innovation et le travail

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